MARILOU PONCIN : L’ART DU FÉMINISME VIRTUALISÉ

 

En mars 2018, nous avions collaboré avec Nohell, pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Nous avions, à cette occasion, organisé une série de programmations, autour du corps, et le documentaire COSMIC ASS en faisait partie. Quelques semaines plus tard, nous rencontrions Marilou Poncin, la réalisatrice de ce film. Nous découvrions, en même temps, son intérêt pour la fiction et pourquoi elle considère les fantasmes comme « des mondes virtuels à explorer ».

Pour qu’elle comprenne pourquoi une conversation, vieille d’un an et demi, ne sorte que maintenant, nous lui avons envoyé un lien privé vers l’interview. Elle s’est alors proposée de la rafraichir. Cet article est donc un composite entre notre conversation de 2018 et la relecture récente de Marilou.

Découvrez le monde envoûtant de cette vidéaste française, passionnée par le mystère du corps féminin. Son art explore un féminisme au virtuel, où l’expression de sa sexualité est un geste engagé. Elle nous raconte son exploration du désir en tant qu’artiste, et son expérience face à la censure sur les grandes plateformes.

 

COSMIC ASS, c’était ton premier documentaire ?

Mon premier et mon seul. Je suis vidéaste et photographe, mais j’ai toujours été très tournée vers la fiction, pas vraiment vers le documentaire. Je pense que c’est pour ça qu’il a une forme un peu hybride.

 

Tu es artiste de formation ?

Oui, j’ai fait les beaux-arts de Lyon, les Arts Déco de Paris et j’ai fait un échange à la Rietveld Academie à Amsterdam. J’ai fait les meilleures écoles d’art qui étaient à ma portée.

J’ai monté récemment un studio de création visuelle avec une amie, Clarisse Aïn, on s’appelle Camp Std. On fait des campagnes de modes, pas mal de clips, un jour peut-être qu’on se tournera vers l’art contemporain, les installations vidéo nous intéressent beaucoup. On est sur Instagram et Vimeo.

 

 

Ça a l’air intéressant comme plateforme Vimeo.

Il y a quelques années, j’ai eu un litige avec Youtube parce qu’ils ont supprimé une de mes vidéos. Elle a été signalée pour contenu à caractère sexuel. Je me suis battue, j’ai fait appel, j’ai envoyé des réclamations qui sont disponibles en ligne. J’ai réussi à les faire céder en repassant devant une commission et la vidéo a été remise en ligne, mais avec une restriction d’âge. Sur Vimeo, il n’y a pas cette histoire de censure. S’il y a des seins, il y a des seins. Il y a même des contenus semi-pornographiques artistiques sur Vimeo. C’est intéressant de jouer avec les deux plateformes car elles offrent des choses différentes, mais j’avoue qu’après ma dernière expérience avec Youtube, j’ai un peu envie de leur dire « je vais rester chez Vimeo ».

 

Pourtant, quand tu vois tous les clips sur YouTube aujourd’hui, clairement les meufs sont à poil.

L’exemple parfait : un des derniers clips de Tommy Genesis, pour le morceau « Tommy ». Il reprend tous les codes du porno, elle est entièrement nue, c’est très provocateur. Je dois dire que j’aime beaucoup ce clip et j’adore l’artiste, mais il y a un non-sens. Comment les algorithmes font la différence entre un clip, une pub, un film porno et un film d’art ? La question de la censure est très importante aujourd’hui avec tous les médias qui sont à notre disposition. Le fait qu’ils suppriment le travail des artistes et ne le font pas pour des films commerciaux est dérangeant. D’ailleurs les artistes s’emparent de plus en plus de la question et c’est très bien ! Je pense notamment au travail de Petra Collins, de Arvida Byström ou de Molly Soda, elles représentent une nouvelle génération qui se bat pour pouvoir diffuser leurs messages et montrer leur corps tel qu’il est.

 

 

Ta pratique à toi, elle ressemble à quoi du coup ? 

Je suis artiste, je crée des situations qui mettent en scène les désirs et leur numérisation. J’essaye de comprendre les fantasmes en partant d’un imaginaire collectif et passant par notre rapport au corps féminin. Je fais pas mal de recherches sur les sujets que je traite, comme la pratique du Twerk, les cam girls, les avatars sur internet… Et je fusionne ces recherches avec des expériences personnelles, c’est cette digestion qui donne souvent une forme fictive à mes images. Je pratique aussi bien le film que la photographie, j’ai un rapport plastique et organique à ces médiums, comme si je faisais de la peinture.

J’aime aussi travailler pour des commandes, clips, portraits d’artistes, campagne de mode… avec mon binôme de Camp std. C’est assez varié, c’est ce qui me plait le plus.

 

Quelle est l’expérience dont tu es la plus fière, ou qui t’a le plus marqué, en tant qu’artiste ?

C’est toujours difficile de répondre à cette question. J’ai été très fière d’être sélectionnée deux ans d’affilée au festival des films de femmes de Créteil. C’est un super festival avec des films internationaux de toutes sortes, je recommande ! Sinon bien sur, il y a eu pleins d’expositions qui m’ont marquées, à la galerie Tank Art Space à Marseille, à l’Espace Témoin à Genève, au Frac Île-de-France ou encore à la Villette cet hiver. 

 

Tu peux nous raconter ton expérience avec les Inrocks ?

C’était la première fois que j’étais sélectionnée par un festival de ma vie. J’étais encore à l’école, je venais de finir le film Cosmic Ass en partenariat avec l’activiste et artiste Fannie Sosa. C’était un festival étudiant, qui n’existe plus maintenant, organisé par Les Inrocks. Le film avait été sélectionné, j’étais très fière de ce premier travail officiellement reconnu en dehors de l’école. C’est vrai que c’était une très belle expérience parce que le film avait été projeté à la Gaîté Lyrique et ça ! Ça, c’était quand même très cool pour moi à l’époque.

 

 

Dans ton interview avec Les Inrocks, tu dis que ton travail est beaucoup tourné autour du fantasme et du fantasmatique ?

L’interview pour les Inrocks à l’occasion de ce festival date maintenant de cinq ans mais mes préoccupations restent les mêmes. J’ai toujours été attirée par le corps féminin en général, par sa plasticité et par la façon dont on le met en scène. Je me demande comment tout ça résonne dans une société où la technologie prend de plus en plus de place ? Finalement la phrase qui résume le mieux mon travail, c’est que « Les fantasmes sont des mondes virtuels à explorer ».

 

Tu te revendiques féministe ?

Oui je suis féministe, mais bien plus de cette nouvelle forme de féminisme qui revendique la positivité et la liberté du corps. Cette liberté d’être qui tu veux, et de vivre ta féminité comme tu le souhaites est présente partout dans mon travail. J’ai fais une vidéo en réalité virtuelle qui s’appelle « Let out the inner Bitch », qui met en scène mon avatar cagole, Marilove. Je pense que la dérision ne fait pas de mal et permet d’aborder ces questions délicates et compliquées via une provocation qui me ressemble et qui n’en est pas moins puissante. J’ai du mal avec le féminisme trop sérieux et trop répressif.

 

Alors quelle serait ta définition du féminisme ?

Pour moi, ça serait juste « Vis ta féminité comme tu la veux, comme tu es ». C’est une façon d’être à l’aise dans son corps, dans sa sexualité et dans l’image que tu donnes de toi. Je pense que c’est seulement une fois que tu sais qui tu es, que tu pourras te battre pour tes droits avec les outils que tu as choisis ou même inventés.

 

 

Retrouvez Marilou Poncin sur Vimeo, Youtube et Instagram.

Plus d’infos sur CAMP STD sur Vimeo et Instagram.

 

 

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