CONVERSATION AVEC : REVERIE

Credit photo : David PoulainLes Femmes S’en Mêlent

 

C’était il y a un an déjà. Elle était à l’affiche du festival Les Femmes S’en Mêlent, qui fermait le Mois Des Femmes, et nous avions rendez-vous après son set. Installées dans le hall du Moulin Rouge, la rappeuse californienne a partagé avec nous un bout de son histoire et un peu de sa sagesse. Après avoir fait de ses rêves une réalité, Reverie est à la recherche du Satori, pour mieux vivre l’instant présent, à sa façon.

 

Tout d’abord, comment vas-tu ?

Bien, je suis super excitée.

 

Sur scène, tu as abordé ton passé avec la dépression. Où en es-tu aujourd’hui avec tout ça ?

C’est un combat quotidien mais plus je focalise mes efforts dessus, plus j’ai le contrôle. Évidemment, dans nos vies, c’est pareil pour tout. On va se concentrer sur certaines choses à certains moments. C’est la même chose avec mon état mental et je pense que c’est le cas pour la plupart des gens. Comme je l’ai dit sur scène, on est tellement concentrés sur notre alimentation, notre job et nos factures, qu’on en oublie de prendre soin de nous-mêmes et quand on ne fonctionne pas correctement, on ne peut rien faire correctement non plus ! Donc j’essaye de garder ça en tête.

 

Est-ce de là d’où vient ton nom ?

Non, enfin, pas au début en tout cas. La raison pour laquelle j’ai choisi ce nom, c’est parce que je rêvasse beaucoup. Maintenant que j’ai grandi et que j’ai étudié la psychologie, je commence à réaliser qu’en fait c’est sûrement un mécanisme de défense que j’ai créé quand j’étais enfant. Je pense qu’à l’époque où j’ai pris ce nom, je ne pensais pas que c’était pour ça. Maintenant en tant qu’adulte, je réalise que c’est sûrement la raison pour laquelle je rêve autant, surtout quand j’étais enfant. Je pense vraiment qu’il y a une corrélation entre les deux.

 

Tu as étudié la psychologie ?

Je n’ai jamais été à l’école mais j’ai appris seule, juste pour moi. Je m’intéresse beaucoup au fonctionnement de l’homme et plus je travaille la psychologie, plus je comprends les gens. On aime tous penser que l’on n’est pas comme tout le monde, mais en réalité on est tous très semblables. Plus je me renseigne sur le fonctionnement de l’esprit humain, plus je me comprends. J’aime vraiment étudier les gens, ils me fascinent.

 

C’est une bonne chose que ton travail te pousse à rencontrer des gens.

Et j’analyse tout, partout où je vais ! C’est vraiment cool de pouvoir étudier la psychologie sur un autre continent. Ca me donne une perspective et une compréhension complètement différentes. Je regarde plein de conférences d’universités sur Youtube parce que je sais que les intervenants sont très instruits dans leur domaine. J’ai aussi conscience d’avoir acquis beaucoup de connaissances lors de mes nombreux voyages, donc j’interprète à ma façon ce dont ils parlent.

 

En parlant de voyage, tu reçois beaucoup d’amour de France et d’Europe de l’ouest en général. Pensais-tu que tu pourrais avoir un jour un tel impact sur cette partie du monde ?

Pas du tout, non ! La première fois que j’ai enregistré une chanson, c’était un désastre ! J’étais adolescente, c’était juste avant que je me fasse virer de l’école, je prenais plein de drogues, j’étais bourrée tous les jours. J’avais plein de problèmes à la maison, mes frères faisaient des allers retours en centres pour mineurs quand ils étaient enfants… La première fois que j’ai écrit une chanson, j’avais envie d’essayer. J’ai ressenti le besoin de faire une chanson. Maintenant tout le monde fait de la musique, c’est tellement facile. Il y a dix ans, quand j’ai commencé, ce n’était pas comme ça. Je devais supplier quelqu’un pour qu’on me laisse aller en studio. Je devais conduire pendant une heure, enfin je ne conduisais pas parce que je n’avais pas de voiture, mais un ami m’y emmenait parce que lui aussi rappait. On faisait une heure de route juste pour aller enregistrer une chanson ! C’est pour ça que j’ai seulement une dizaines de chansons de quand j’étais très jeune. Parce que je n’avais pas accès à tout ça. Je suis passée de « enregistrer dans un placard ou faire une heure de route pour aller en studio » à « me produire à Paris ». C’est la cinquième ou sixième fois que je viens ici et je n’aurais jamais cru un jour être là ! Evidemment, c’est quelque chose que je disais quand j’étais petite, « je veux être connue, je veux faire ci, je veux faire ça », mais je ne pensais jamais que ça arriverait donc c’est trippant que ce soit ma réalité. 

 

Tu devais être très dévouée dès le début pour conduire une heure juste pour enregistrer une chanson ! C’est impressionnant !

Ouais, exactement ! C’est quelque chose qui m’a toujours passionnée. Je pense que c’est ce qui m’a poussée jusqu’ici, la passion.

 

 

Maintenant tu fais des tournées mondiales mais tu as aussi une web-série !

Ça s’appelle Independent. C’est avec Trinidad James, Sean Brown, Futuristic et moi, et c’est soutenu par WarnerBrothers. En gros, ils sont venus me voir et m’ont fait « Yo ! On aime ton histoire, on a suivi ce que tu fais et on veut documenter ton mouvement. » et je me suis dit « merde, pourquoi pas ? ». On a filmé tout ça il y a un an et demi mais le truc c’est que quand tout se passe au niveau d’une grosse entreprise comme ça, ça prend mille ans pour sortir. Donc c’est sorti un an plus tard, mais c’était une expérience vraiment cool. Ça m’a donné une perspective carrément différente des télé-réalités. Je sais que la télé-réalité, ce n’est pas la vraie vie mais le fait d’avoir dix personnes qui me suivaient partout pour me filmer m’a fait réaliser que c’est bien plus dur que ce que je pensais ! C’était fou ! Je n’aime pas spécialement la télé-réalité, mais maintenant que je connais le travail qui y est consacré je respecte cette industrie un peu plus. C’est vrai ! Je respecte les Kardashians un peu plus parce qu’il y a du travail derrière. Peu importe que j’aime ça ou pas, elles travaillent dur.

 

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui est dans la situation où tu étais et qui voudrait arriver où tu en es aujourd’hui ?

Mon conseil serait de choisir quelque chose que tu veux faire et de te concentrer seulement sur cette chose-là. Que ce soit la musique, la coiffure, faire du design ou tenir un blog… Peu importe ce que c’est, tu dois choisir un truc et de te focaliser dessus jusqu’à ce que ça devienne enfin quelque chose. Après ça va te permettre d’en faire plus, d’étendre ton champ de vision. Je pense que le plus important, c’est de rester concentré et de jamais abandonner. Surtout aujourd’hui avec les réseaux sociaux, les gens veulent tout et tout de suite. Le truc, c’est que presque rien n’arrive instantanément et c’est très bien ! Donc, tu dois tenir la distance. Reste cohérent, reste fort. N’écoute personne qui te dira que tu ne peux pas y arriver parce que les gens qui te disent ça sont ceux qui n’ont jamais tenté de faire ce qui leur plaisait. Et s’ils l’ont fait, c’était seulement temporaire. J’ai fait du rap pendant si longtemps, maintenant j’ai aussi une ligne de vêtement, je vais commencer à faire des vlogs, et putain, je suis en tournée ! J’ai dû faire tout ce travail avant de pouvoir faire quoi que ce soit d’autre, et toutes ces portes se sont ouvertes. Mais ça ne me serait jamais arrivé si j’étais restée chez moi toutes ces années ! Comme je l’ai dit, ça m’a pris dix ans pour arriver où j’en suis. Beaucoup de gens me découvrent seulement aujourd’hui genre : « Oh Reverie je la kiffe, elle est nouvelle ». J’ai 27 ans et je suis dans ce business depuis dix ans ! Quoi ?

 

Penses-tu que tu y serais arrivée plus rapidement si tu avais des réseaux sociaux à l’époque ?

Je ne pense pas, parce que je pense que tout arrive à point à qui sait attendre. D’ailleurs j’étais sur les réseaux, j’avais Myspace, et même à l’époque de Myspace je faisais du buzz. J’avais déjà des milliers de followers et des milliers de lectures. C’est quelque chose qu’aujourd’hui, je fais beaucoup mais avant, je ne savais pas comment interagir avec mon audience. Dix ans plus tard, j’analyse les gens et j’analyse la moindre chose que je fais. Quand je fais un post, c’est stratégique. À l’époque, je ne voyais pas ça du tout comme ça parce que je ne prenais pas vraiment ça au sérieux ! J’enregistrais dans un placard, ce n’était pas encore mon heure. Maintenant, c’est mon heure.

 

Quelle est ta définition du succès ?

Je pense que tout le monde a sa définition du succès et la mienne change tout le temps. Pour moi, et je ne parle pas pour tout le monde, ce que je veux, c’est devenir putain de riche. C’est super important de trouver son système de support de base et je suis tellement heureuse et confortable avec le mien qu’aujourd’hui, je sens que je peux enfin commencer à vraiment faire de l’argent, à me payer. C’est ce sur quoi je me concentre en ce moment. Pour moi, à chaque fois que je fais de l’argent, que je voyage ou que j’inspire quelqu’un, c’est une réussite. C’est tout. Je suis heureuse et je suis fière de moi et de ma team. 

 

Dirais-tu que tu es la preuve que l’on peut réussir sans être Nicki ou Iggy ?

Ouais, je pense que tout le monde peut réussir. Nicki et Iggy, elles sont super aussi ! Ces femmes ont travaillé si dur pour arriver où elles en sont aujourd’hui. Elles ne font pas le même type de musique que moi, mais quoiqu’il en soit, en tant que femme dans cette industrie, je les admire vraiment. Quand j’ai commencé la musique, je ne les aimais pas. Iggy n’était pas encore là mais je n’aimais pas Nicki. Je la trouvais très pop et je trouvais que ses perruques étaient ringardes. Et puis Iggy est arrivée… Je l’ai toujours bien aimé en vrai, elle est cool, c’est Nicki que j’aimais pas. Maintenant, je l’adore. Quand j’ai commencé, c’était facile de lui cracher dessus. Je n’étais même pas encore payée pour rapper ! Maintenant que je fais de l’argent avec le rap, je vois à quel point c’est dur, cette connerie ! Ce n’est pas facile ! L’argent rentre et sort sans cesse, ce n’est pas un job constant.

 

C’est ce que je voulais dire. Beaucoup de gens pensent qu’ils doivent être signés sur un label pour réussir, mais ce n’est pas ton cas.

Ouais, mais c’est très différent. Il y a différents niveaux de célébrité et d’argent. En gros la règle c’est : plus il y a d’argent en jeu, plus il y a de personnes impliquées, plus il y a de stress. Nicky, elle est là depuis dix ans, c’est déjà une icône dans l’industrie et je veux faire comme elle. Je ne veux pas faire la même musique ou bien m’habiller comme elle, mais niveau longuévité, je veux être une putain d’icône. Je le suis déjà à ma façon, mais je voudrais toucher un public plus large.

 

 

Satori ! D’où vient ce nom ?

J’ai découvert ce mot en lisant un livre qui s’appelle Le Pouvoir du Moment Présent et c’est un de mes livres préférés. Je l’ai même pas fini et pourtant, il fait quand même partie de mes livres favoris. J’ai des troubles de concentration et je suis hyperactive, donc je pars souvent dans tous les sens et je finis jamais les livres. Je les lis à moitié, ou bien presque jusqu’à la fin, et puis j’en commence un autre ! Mais lire ce livre a eu un impact super positif sur ma vie. C’est là que j’ai vraiment commencé à comprendre ce que c’était de profiter du moment présent. Ça m’a donné une perspective complètement différente sur la définition de « vivre dans l’instant présent ». Le mot satori veut dire « soudaine illumination », c’est dans les enseignements bouddhistes. J’ai appris la signification de ce mot et j’ai ressenti le besoin de le partager. J’ai une ligne de vêtements depuis presque huit ans et ça fait autant de temps que je cherche un nom de marque. Je suis passée par plein de noms qui ne marchaient pas pour différentes raisons : à cause de copyrights, parce qu’ils étaient déjà pris, parce qu’ils ne donnaient rien une fois écrits sur un t-shirt… Donc depuis sept putain d’années, je cherche un bon nom, et quand j’ai vu ça je l’ai tout de suite bien senti. J’ai fait des recherches pour voir si des gens avaient déjà ce nom. J’ai cherché « Satori Clothing », « Satori brand », et quelqu’un avait déjà Satori Clothing. Donc j’ai du trouver un moyen de détourner le mot et de trouver un truc cool et j’ai essayé Satori Mob. La raison pour laquelle j’ai choisi un mot avec autant d’impact, c’est parce que tout ce que je fais porte un message important. Quand je porte mes vêtements, c’est un message. J’ai des centaines et des milliers de personnes qui me regardent dans le monde entier, donc j’ai toujours su que je voulais faire quelque chose d’important. Satori signifie que le but de la vie, c’est d’atteindre la paix, l’illumination. L’illumination soudaine, c’est l’expérience de vivre dans le moment présent. C’est impossible de se sentir en paix tout le temps, mais satori c’est soudain. C’est juste quelques secondes où tu es vraiment présent, tu peux entendre tout ce qui se passe autour de toi, tu ressens le vent sur ton visage, tu peux sentir ta salive, sentir le sang qui coule dans tes veines, tout ça quoi ! Quand tu peux vraiment ressentir tous tes sens, c’est satori. Et ça ne va pas durer, mais c’est vers ce sentiment que je veux me diriger. C’est ça que je veux que les gens vivent.

 

Même si tu as une carrière dans le rap, dans le fond tu as l’air d’être une zouz émo-core ou métal, et ça se ressent dans ta façon de t’habiller !

Oui, carrément !

 

Est-ce que ce genre de musique t’intéresse ?

Non, pas du tout. Honnêtement, je n’aime pas trop le rock, même si j’ai un peu écouté du sub-rock. Je n’étais pas trop hard core, mais j’adorais No Doubt, c’était toute ma vie ! J’ai écouté ma cassette de Tragic Kingdom Seat jusqu’à ce qu’elle ne marche plus. J’écoutais aussi les Red Hot Chili Peppers, Sum-41 et un peu Korn, et j’aimais bien Avril Lavigne. J’ai pas vraiment grandi en écoutant du rock, j’écoutais surtout du hip hop. J’adore la mode et quand je m’habille comme un rockeuse, je trouve que ça rend bien. C’est marrant que t’en aies parlé parce que quand j’étais au lycée, je faisais pas autant attention à comment je m’habillais. Enfin je suivais un peu la mode, les gens me disaient « roh j’adore comment t’es habillée ». Parfois, je m’habillais comme une rockeuse mais tout le monde savait que j’étais une chola, mais je m’en foutais ! Les gens me demandaient même « pourquoi tu t’habilles comme une rockeuse alors que t’es une chola? ». Parce je trouve ça beau ! J’en ai tellement marre d’avoir peur de ce que les gens vont penser de moi si je fais quelque chose qui ne me ressemble pas. Maintenant, je m’en fous. Je porte des trucs rock, je porte des trucs japonais, je porte des trucs de marque, des fringues de fripes, peu importe ! J’aime juste la mode.

 

C’est quoi la suite pour toi?

On va à Lyon, Metz, et on va filmer deux clips. Demain on filme « Bitches In Paris » avec Blimes, Encrypt et Dj Lala. On a commencé à filmer un bout à Nantes pour une de mes chansons, mais je ne suis pas encore sûre du nom du son, parce qu’il n’est pas encore sorti. Quand je rentre chez moi, je travaille beaucoup la musique. Je n’ai pas sorti beaucoup de clips ces dernières années, parce que j’étais toujours en tournée et c’est impossible de faire les deux. Demande à n’importe quel artiste qui fait autant de tournées que moi, il te dira aussi que c’est pour ça qu’il sort pas beaucoup de nouveaux sons. J’ai déjà refusé quelques tournées, ce qui est très dur parce que j’adore voyager, mais j’ai sacrifié mes voyages pour pouvoir documenter ma vie. Ces dernières années n’ont pas été documentées ou filmées et ça me rend triste parce que ma musique, c’est comme mon journal intime. J’ai envie de pouvoir regarder ma vie quand je serai plus vieille.

 

Donc tu vas commencer à vlogger ?

Oui, c’est sérieux. C’est pour bientôt ! Je vais pouvoir lâcher plein de nouveau contenu. Je vais sortir deux sons tous les mois, parce que j’en ai beaucoup. J’en emmagasine depuis deux-trois ans et je suis enfin prête à les sortir, et je suis surexcitée. Je suis stressée, mais surexcitée.

 

 

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Vous pouvez aussi la trouver sur Soundcloud, Itunes et les plateformes de streaming.

Plus de détails sur sa marque sur satorimob.com.

 

 

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