CLOSE UP : LORÉA VEUT DES HITS


Je suis Loréa, 41 ans, rappeuse depuis 25 ans et aujourd’hui dans une activité de coaching artistique. J’anime aussi des ateliers rap depuis une dizaine d’années, principalement de façon hebdomadaire à la Maison du hip hop dans le 11ème à Paris mais aussi sur demande avec différentes structures.


J’adorais le rap quand j’étais petite, je suis tombée dedans notamment avec l’émission H.I.P H.O.P. de Sidney – d’ailleurs, il y a un docu super qui est sorti au mois d’avril, La vraie histoire de H.I.P. H.O.P.. En 1984, j’ai rencontré un gars qui m’a fait écouter mes premiers disques de rap et j’ai tout de suite accroché, notamment avec les valeurs de la Zulu Nation, « peace, love, unity and having fun ». J’ai commencé à écrire mes textes de rap et j’en ai parlé autour de moi, à des copains. Je leur ai dit que je rappais – enfin c’était pas non plus ouf, je rappouillais on va dire ! Et puis on m’a dit qu’il y avait des gars qui rappaient dans leur garage à Sarcelles et qui cherchaient du monde pour faire grossir le groupe. On m’a présenté Sëar et les autres personnes du groupe avec qui on a monté 1 Bario 5 S’pry. J’ai ramené DJ Rody qui est devenu notre beatmaker et le groupe est né dans les années 90. Ce qu’on faisait ça plaisait, Sëar a un talent fou et moi j’avais la chance d’être sous son aile. Il n’y avait pas beaucoup de meufs donc le fait qu’on soit un groupe mixte, ça nous a mis en valeur. A l’époque il y avait aussi des magazines, comme Groove et The source, qui se vendaient avec des CDs de nouveautés rap et on a eu la chance d’avoir souvent nos morceaux sur ces disques donc notre musique a été connue à Marseille et un peu partout en France. C’est comme ça que ça a démarré pour moi.

 

Le rap c’est plus associé à des valeurs positives qu’à du gangstérisme, donc tout ceux qui prônent la délinquance, la bagarre, tuer les flics et cracher sur les meufs, pour moi c’est anti-rap complet.


La place des femmes dans le rap a évolué depuis que j’ai commencé, enfin, oui et non. Ça a évolué dans le sens où je pense qu’aujourd’hui on va prêter plus facilement attention aux femmes et il y a beaucoup plus de rappeuses qu’avant, c’est une évidence. Il y a aussi beaucoup de choses qui sont faites pour faire de la place aux femmes dans le rap, des plateaux exclusivement féminins et des évènements spécifiques, ce qu’il n’y avait pas dans les années 90. Malgré tout, il y a quelque chose qui perdure quand même, c’est ce préjugé sur le rap féminin, ce côté machiste. Une fille qui rappe va moins intéresser les hommes. Mais je pense qu’une fille qui déchire se fera plus remarquer qu’un mec qui déchire, justement parce que c’est une femme. Le rap reste encore hyper masculin et on peut comparer ça au monde du foot, t’as les footballers et puis t’as les femmes en seconde zone, qui performent très bien et peuvent être très douées, mais le milieu reste masculin avant tout. Je pense qu’il faut encore plus de rappeuses et peut être qu’à un moment on arrivera à la parité quand même !

 

 

Les jeunes que je vois pendant mes ateliers sont souvent des artistes amateurs et débutants qui veulent approfondir leurs compétences, leur écriture ou leur flow, mais n’ont pas le savoir-faire. Ils me demandent beaucoup de conseils, donc ça m’a donné l’idée de pousser plus loin mon investissement sur ces artistes et de les coacher artistiquement. J’ai donc créé Je Veux Des Hits, pour accompagner dans l’écriture de textes à l’enregistrement studio en passant par la préparation de concerts, mais aussi jusqu’au développement de projet. Les artistes ne savent pas forcément comment s’y prendre et ne connaissent pas le fonctionnement de l’industrie du disque et du spectacle vivant. Moi je me suis formée cette année, je suis allée en école de musique et j’ai été diplômée Chargée de production en musiques actuelles. Ça a complété mon savoir, mes connaissances du milieu que j’avais déjà en ayant pratiqué le hip hop. Je suis donc retournée a l’école et c’était super, j’ai adoré ! T’as pas le côté contrainte comme quand t’es jeune où tu kiffes pas parce qu’il y a des matières que t’aimes pas, là j’ai choisi cette formation donc je savais que ça allait me plaire, et effectivement j’étais vraiment dans mon élément. J’avais hâte de revenir chaque jour pour apprendre de nouvelles choses. 

 

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Je vais me remettre un petit peu à rapper, j’avais monté un groupe avec deux autres gars qui s’appelle Tau Ceti et puis ça a été en standby parce que j’ai eu pas mal d’évènements personnels qui ont fait que je pouvais pas être partout. Je vais pouvoir un peu revenir à la création mais je ne sais pas encore sous quelle forme je vais le faire. Je veux enregistrer des morceaux et après je verrai ce que j’en fais. A chaque fois que je me suis lancée dans un projet rap, j’ai été arrêtée par des évènements parfois merveilleux comme le fait de tomber enceinte et de mettre au monde mon enfant, et puis d’autres moins sympathiques et même tragiques, car j’ai perdu des personnes très proches. C’est ma vie qui est comme ça, ponctuée d’évènements très forts qui deviennent des priorités sur la musique et c’est pour ça que je suis un coup là, un coup absente… Quand j’ai commencé à écrire avec Tau Ceti, j’étais dans une période super sombre et les textes que j’ai écrits pour ce projet étaient de l’introspection totale et je parlais vraiment de moi, ce que je n’arrivais pas a faire avant. J’en parlais mais timidement, j’étais plongée dedans mais avec quand même une sorte de barrière, je ne savais pas si j’avais le droit d’en parler ou pas.

 

La scène c’est vraiment ouf au niveau des sensations que ça peut t’apporter et de la force que le public te donne. C’est quelque chose de particulier à vivre et qui fait beaucoup de bien, mais l’autre versant de ça c’est l’état dans lequel je me mets avant un concert, avec le trac et l’angoisse qui va avec.

 

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Le rap, aujourd’hui je le partage, et je trouve que je suis à un âge où me mettre en avant et faire de la scene c’est derrière moi. Je suis contente de tout ce que j’ai pu vivre avant mais je ne me projette plus vraiment là-dedans en tant qu’artiste. Je me sens plutôt dans le partage, dans la transmission, et c’est ce que je fais depuis un moment. C’est là que je me sens à l’aise. Tous les gens avec qui j’ai pu bosser dans mes ateliers me le rendent bien, déjà parce qu’ils progressent, et puis ils me disent qu’ils apprécient vraiment mes cours et que c’est une bonne vibe, ça leur fait du bien et ils se sentent avancer. Le fait de travailler un peu les textes avec les artistes aussi ça fait que je continue à mettre ma patte dans l’écriture, à avoir le cerveau qui cogite pour trouver la bonne rime, à faire des allitérations, des assonances. Je fais toujours ce travail-là mais d’une autre façon, je le fais pour aider les autres et ça me va bien comme ça. Je suis contente de cette continuité et je trouve ça logique à mon âge – enfin je dis à mon âge à chaque fois, c’est pas que j’ai 60 ans mais bon, je me sens pas forcément l’énergie de sauter comme un kangourou sur scène ! 


J’aide ceux qui essayent de percer, ceux qui percent, et ceux qui veulent juste s’amuser. Je veux continuer là-dedans plus que jamais, je me lance à 100 %. Maintenant que je suis diplômée, j’ai le savoir-faire pour pouvoir aider, donc qui m’aime me suive ! 

 

Retrouve Loréa sur Facebook, Twitter, et JeVeuxDesHits.

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