CLOSE UP : GAUTHIER, SOUTIEN MASCULIN DU RAP FÉMININ

 

Moi c’est Gauthier, j’ai toujours été passionné par la mode et la culture hip hop. En 2003 j’ai lancé la marque de vêtements Hold Up Wear avec un ami. J’étais entouré d’amis artistes, et moi j’étais dans le domaine de la communication événementielle. Eux c’était pas leur truc de se vendre et de se promouvoir donc je suis devenu naturellement le manager – je dis « manager » maintenant, mais à l’époque j’étais juste l’ami qui aidait. On a donc créé le collectif Hold up Team avec un ami MC (Maxwell MC) et une Djette (S’one). Collectif qui regroupait de rappeurs, des beatmakers, graffeurs et les rappeuses anglaises Icykal, Laayie et Oracy. Et puis plus tard, l’association Rencontres Urbaines est née et j’ai lancé le projet Call Me Femcee, un projet qui tient à mettre en avant des talents féminins de la scène hip-hop underground internationale. Ce projet avec le rap féminin me tient vraiment à coeur. A l’époque on en parlait à plein de gens et on nous disait “pfff vas-y laisse tomber”, et là depuis 2 ans toutes les rappeuses du style de Reverie émergent dans le rap underground ou même mainstream. Une scène rap féminin est vraiment en train de se développer.

 

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« Hold Up Team and friendz » © page FB Hold Up Team

 

Avec Hold Up Team on a organisé nos premiers évènements. On a fait beaucoup d’open mics avec des structures parisiennes, des ateliers d’écriture et de graf. Comme on avait des artistes féminines dans le collectif on a été amenés à faire beaucoup de festivals axés rap féminin. On a été invités sur des dates en Angleterre, en Suisse, en France… On a fait le Femcee Fest à Saint-Etienne, on a rencontré beaucoup d’artistes là-bas qui ont kiffé notre team. On a gardé des affinités avec certaines rappeuses qu’on avait rencontré, comme Comagatte, KT gorique, Tina Mweni…

 

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Avec la marque de vêtements j’ai été amené à être partenaire des premières tournées européennes de Reverie. On l’a habillée dans ses clips et sur scène, et on l’a aidée à trouver des dates en France. Avec l’association Hold Up Team on a co-produit l’évènement L.A in Paris au Pan Piper. C’était une date avec Reverie et Aelpeacha, mais c’était aussi un concept. On a fait une émission génération, de la StreetPromo en low-rider, des vidéos concepts… Les participants se voyaient offrir un bandanas, une affiche et des goodies. Il y avait une expo west coast par l’artiste Versil, du textile, des vélos Low-riders, du talk box, de la danse, et les shows de Reverie et Aelpeacha. Le concept c’était vraiment de ramener Los Angeles à Paris. C’est un des événements les plus aboutis que j’ai fait.

 

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Gauthier devant un clip Call Me Femcee

 

Par la suite on a été contactés par beaucoup de gens dans le rap féminin, et puis on a réalisé qu’il n’y avait pas vraiment de compil’ regroupant plusieurs artistes, pas forcément des grosses têtes d’affiche mais plutôt underground. Pourtant, toutes ces artistes là sont vraiment actives dans la culture hip hop et dans le mouvement féminin pour certaines. En France, certaines rappeuses étaient un peu réticentes, elle ne voulaient pas être assimilées à un truc féminin parce qu’elles avaient galéré pour se faire une place dans le rap. Il y a un état des lieux en France qui est tel que les femmes ne veulent pas se mélanger à ça. Peut-être que les filles au départ voulaient vraiment entrer dans le game et vu qu’il n’y avait que des mecs elles se sont fait leur place sans s’assimiler au féminin. Alors que dans tous les autres pays, surtout en Amérique latine, Afrique ou Asie, elles galèrent encore en tant que femmes donc elles sont fières de partager un projet comme ça. L’approche est différente, elles sont fières de revendiquer leur féminité et dans notre culture, il y a un malaise.

 

 

Le projet Call Me Femcee rassemble 15 rappeuses des quatre coins du globe. C’est sorti en 2017 en digital mais ca faisait 5 ans qu’on bossait dessus. On voulait vraiment que tous les continents soient représentés. L’idée c’était que chaque rappeuse sur la compil’ soit impliquée dans la culture hip hop dans son pays, revendique le fait d’être une femme dans le hip hop, et active avec des projets et des ambitions dans la musique. Ca prend du temps de tout réunir, de démarcher les rappeuses, qu’elles passent en studio. On voulait sortir le projet avec des beaux visuels, on voulait le budget pour faire de la comm’ et pour presser un CD physique pour démarcher les professionnels, donc a attendu de pouvoir faire ça propre et carré. Notre but principal c’était de faire de la scène donc dès que le projet est sorti, on a tout de suite axé notre communication sur le projet scénique. En effet, c’est la scène où les artistes montrent le plus leur talent et puis rien de mieux que le live. On propose donc des plateaux Call Me Femcee regroupant a chaque fois plusieurs artistes. Le concept c’est de mettre des artistes étrangères sur scène, une française, une européenne et une plus internationale. L’idée c’est d’avoir un scène découverte pour faire découvrir aux gens des styles différents, des cultures différentes. On propose aussi des conférences sur le hip hop féminin, des expos, et depuis la rentrée on fait du booking et on accompagne des artistes sur leurs projet solo comme Medusa TN et Kwezi Kimosi.

 

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Cypher Call Me Femce à Paris ©VERSIL

 

L’année dernière on a assisté à la finale End Of The Weak à La Place à Paris avec Comagatte, l’italienne et Medusa, la tunisienne. À un moment il y a eu un petit couac avec les délibérations du jury et un gars prend le micro et dit “ah je crois qu’on a des rappeuses internationales dans la salle”. Là, Comagatte crie, elle traverse toute la foule en courant, elle monte sur scène, elle prend le mic et un des gars du jury commence à la chercher un peu “ah mais tu rappes toi, t’es sûre?” et là elle commence a kicker et c’est la meuf qui rappe le plus vite d’Italie, elle a plié le truc et les gens était choqués. Avec l’équipe on était dans la foule, et t’avais un groupe de mecs derrière, alors qu’elle avait même pas commencé à rapper qui commencent à dire “ah vas y c’est des meufs, c’est d’la merde, on s’casse”. Ils étaient dix à partir sans même avoir écouté. C’est là qu’on s’est dit, les gens pensent que vu qu’on voit beaucoup plus de rap féminin le combat est terminé et les filles ont leur place, mais pourtant dans le milieu les gens ont une vision bien péjorative. La rappeuse on va l’attendre au tournant à la moindre erreur alors que les mecs vont en faire 10 sans problème. Quand c’est des anglaises ou des étrangères les gars vont faire des photos et trouver ça lourd, mais quand c’est des françaises… Les mecs mettent beaucoup plus la pression aux filles.

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Laayie x Comagatte x IcyKal x EnerGIA
au Festival of Europe 2016. ©Yuba Photographie

D’après mon expérience, dès qu’ils vont avoir un minimum de talent, les mecs vont tout de suite se prendre pour des oufs. Ils vont être têtus, avec l’orgueil de toujours avoir le dernier mot, de toujours avoir raison. Les femmes sont plus dans l’écoute et la réflexion, même si elles font leur propre truc, elles sont dans une démarche plus rigoureuse. Le parcours que la fille a pu avoir dans le rap est totalement différent du mec. Quand le mec était entouré de gens qui lui disaient qu’il était lourd, elle faisait son truc dans sa salle de bain sans confronter les autres, et n’était pas forcement acceptée par les mecs. Il y a des filles qui font plein d’open mics et qui font de la scène, et de l’autre coté les filles qui kiffent le rap depuis des années, qui écrivent beaucoup mais qui rappent chez elles et qui sont jamais montées sur scène. C’est marrant qu’il y ait plein de meufs qui ne veulent pas confronter un public alors que ca fait 10 ans qu’elles écrivent et qu’elles rappent. Il y a vraiment un truc à faire pour changer ça. Le combat sera terminé quand on ne fera plus la différence entre rappeuse et rappeur, et surtout quand il y aura un vrai public mixte aux concerts de rappeuses.

 

 

Cover ©Ly Visuals

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